En Corée du Sud, certaines poches de la droite empruntent directement au répertoire politique américain. Deux exemples parlants : Build Up Korea, porté par Kim, et Freedom University, un mouvement étudiant conservateur.

Build Up Korea et les liens avec l'entourage Trump

Kim a des attaches claires avec l'écosystème politique pro-Trump. Jusqu'en janvier de cette année, elle dirigeait en Corée EveryLife, une entreprise anti-avortement qui vend des produits sur une place de marché en ligne soutenue par Donald Trump Jr. Elle est aussi intervenue dans des émissions et podcasts conservateurs, dont des émissions animées par des figures proches de l'extrême droite américaine.

Lors d'une de ces apparitions, elle a expliqué qu'elle voulait construire un mouvement nommé Build Up Korea pour inviter des personnalités américaines conservatrices en Corée et « servir de grand frère » aux Coréens de droite. Elle a dit aussi que la Corée tournait vers des politiques plus favorables à la Chine et qu'elle comptait sur l'aide américaine pour défendre la liberté coréenne.

Freedom University : un mouvement étudiant au parfum international

Qui sont-ils ?

Freedom University a été fondé en janvier 2025 par des étudiants universitaires qui s'opposaient à l'impeachment de l'ancien président Yoon et soutenaient son ordre de loi martiale. Le leader, Park, a 25 ans. Il ressemble à un étudiant ordinaire, mais il dirige un groupe qui veut mobiliser la jeunesse conservatrice sur les réseaux sociaux et dans la rue.

Leurs thèmes

  • Langage anti-Chine et anti-Nord: ils utilisent une rhétorique très forte contre la Chine et la Corée du Nord, une ligne traditionnelle de la droite coréenne, jugée parfois excessive par des critiques.
  • Opposition au président Lee: ils s'opposent vivement au président progressiste Lee Jae-myung et à son parti, qu'ils accusent sans preuve solide d'être trop complaisants envers des influences communistes.
  • Théories sur la fraude électorale: ils reprennent des allégations selon lesquelles les élections coréennes auraient été manipulées, parfois en imputant un rôle à la Chine. Les autorités et les tribunaux ont répété qu'il n'y a pas de preuve d'une fraude généralisée, mais cela ne suffit pas à les convaincre.

Le drapeau américain, symbole et espoir

Lors des rassemblements, des manifestants brandissent des drapeaux américains et portent des tenues associées au mouvement MAGA. Pour eux, la présence américaine symbolise la liberté. Certains espèrent même une intervention des États-Unis pour revenir à la situation politique antérieure ou pour protéger leur camp.

« Le vrai changement ne viendra que si une grande puissance comme les États-Unis intervient », dit Jeon, un sympathisant de 29 ans qui a accepté de donner son nom de famille seulement.

Convergence des discours et théories conspirationnistes

La rhétorique de ces groupes intègre maintenant des termes et des récits venus des États-Unis, comme l'idée d'un « deep state » et d'autres théories du complot. La mort d'une personnalité conservatrice américaine a renforcé un sentiment d'unité chez certains jeunes de droite à l'échelle mondiale, et a nourri des peurs d'être « ciblés ».

Park dit que cet événement a rapproché de jeunes conservateurs et a contribué à l'augmentation de la participation aux rassemblements.

Tensions internes et controverses

Depuis l'éviction de Yoon, la droite radicale coréenne s'est parfois retournée contre elle-même. Des groupes rivaux s'accusent mutuellement et publient des éléments compromettants. Récemment, des captures de discussions de groupe ont fuité, montrant des propos à caractère sexuel et des encouragements à des comportements illégaux. Park a refusé de commenter en attendant des suites juridiques.

Malgré ces scandales, les soutiens continuent de manifester et d'envoyer des messages de soutien lors des diffusions en direct.

Le verdict contre Yoon et la suite

Au moment du jugement, Yoon a été reconnu coupable d'insurrection et condamné à une peine de prison à vie. La sentence a provoqué des scènes de forte émotion parmi ses partisans. Certains pleuraient, d'autres criaient des insultes contre la justice et contre le pays.

Malgré la défaite et l'incarcération de leur leader, les organisateurs n'ont pas ralenti. Cinq jours après la sentence, le canal d'organisation de Freedom University sur l'application KakaoTalk appelait déjà à une nouvelle manifestation contre le président Lee. Les messages de convocation continuent d'arriver semaine après semaine.

Conclusion : une influence américaine qui s'exporte

La circulation d'idées, de mots d'ordre et de symboles venus des États-Unis montre que la culture politique MAGA a dépassé les frontières. En Corée, elle se décline avec ses propres thèmes nationaux et ses propres divisions. Le mouvement reste énergique et mobilisé, mais il fait aussi face à des controverses internes et à des défis judiciaires qui pourraient limiter sa progression.

Points clés

  • Des organisations comme Build Up Korea sont reliées à des réseaux pro-Trump.
  • Freedom University est un mouvement étudiant conservateur fondé en janvier 2025, qui reprend des thèmes nationalistes et des théories de fraude électorale.
  • Les symboles américains sont utilisés comme marque de solidarité et d'espoir d'intervention étrangère.
  • Des scandales internes et des condamnations judiciaires ont marqué le mouvement, mais la mobilisation se poursuit.