Oui, c'est embarrassant pour la carrière bien huilée d'un médecin star. Les fichiers libérés par le ministère de la Justice révèlent que Peter Attia a eu des interactions répétées avec Jeffrey Epstein pendant des années. Ces échanges vont de mises en contact avec des scientifiques et des dirigeants à des conseils médicaux informels, en passant par une rencontre organisée autour d'une candidate pour un emploi dans le cabinet d'Attia.
Premiers contacts et présentations
Attia a été présenté à Epstein en 2015 par Eva Andersson-Dubin, ancienne mannequin devenue médecin et philanthrope. Peu après, Epstein a mis Attia en contact avec des chercheurs, des médecins et des personnalités influentes. Les courriels montrent aussi qu'Attia a présenté à Epstein le psychiatre Paul Conti, que Epstein a ensuite payé pour soigner une femme qu'il décrivait comme ayant des problèmes d'anxiété et de motivation.
Les demandes, le logement et les conseils santé
Dans plusieurs messages, Attia a offert ou proposé gratuitement son expertise médicale à Epstein. Il a demandé des recommandations de patients pour sa future clinique et a sollicité des autorisations pour séjourner brièvement dans un appartement d'Epstein à l'Upper East Side en 2016, pendant qu'il attendait la validation d'une location.
Les échanges contiennent des propositions claires sur l'amélioration de la santé d'Epstein et des allusions à des objectifs personnels, parfois formulées de façon légère ou crue. Epstein a répondu en qualifiant Attia d'"ami précieux et ressource" et a dit qu'il pourrait payer pour devenir client. Le porte-parole d'Attia affirme toutefois qu'il n'y a eu ni prise en charge médicale, ni contrat, ni paiement.
La rencontre au Baccarat et la candidate étrangère
En avril 2017, Epstein a présenté à Attia une modèle née à l'étranger qui cherchait un poste au cabinet d'Attia. Les courriels montrent que l'intéressée a été invitée à rencontrer Attia et d'autres candidats au Baccarat Hotel, lors d'un rendez-vous que la candidate a retransmis à Epstein. Attia s'inquiétait de sa carte de travail, et Epstein a répondu que son visa O était facilement renouvelable et que la jeune femme serait "loyale". Attia a ensuite suggéré qu'il voulait des personnes fidèles dans son équipe.
Le porte-parole d'Attia indique que plusieurs candidats ont été évalués lors de cet événement et qu'un jeune homme a finalement été embauché. La candidate, représentée par une avocate, est identifiée dans les dossiers comme victime d'abus et n'a pas souhaité commenter.
Fréquence des rencontres et maintien de la ligne publique
Attia avait déclaré publiquement s'être rendu chez Epstein environ sept à huit fois pour des discussions scientifiques et des présentations. Les documents montrent en réalité qu'ils se sont vus autour de onze fois sur quatre ans. Attia a affirmé ne jamais avoir été témoin d'actes illégaux ni vu de personne paraissant mineure en présence d'Epstein.
Connexions professionnelles et cohabitation de bureaux
Attia a fini par installer son cabinet dans la même suite de bureaux que Bernard Kruger, un médecin qui figurait parmi les praticiens de confiance d'Epstein. Kruger a nié que Epstein ait facilité sa rencontre avec Attia et a précisé que leurs activités professionnelles n'étaient pas liées. Les documents indiquent aussi qu'Attia a proposé de mettre Epstein en contact avec Barry Sternlicht, propriétaire du Baccarat, qui a dîné chez Epstein après avoir été présenté à lui et a ensuite travaillé avec Attia.
Répercussions publiques et professionnelles
Depuis la publication des échanges, la réputation d'Attia a subi un coup. Il a démissionné de son rôle chez CBS News pour ne pas être une distraction. Des partenariats commerciaux se sont interrompus. Une start-up d'obésité a confirmé qu'elle mettait fin à sa collaboration avec lui. Plusieurs entreprises et sponsors ont pris leurs distances, et Attia a déclaré qu'il regrettait certaines communications, qualifiant son comportement passé de naïf et ses messages de juvéniles et de maladroits.
Pourquoi ces liens inquiètent
Les critiques portent moins sur la simple connaissance d'Epstein que sur le fait que des professionnels de santé aient continué à interagir avec lui après sa condamnation de 2008 pour prostitution de mineures. Des experts en santé publique soulignent que ces relations ont aidé à légitimer Epstein et ont contribué à miner la confiance dans la profession médicale. Jocalyn Clark, une experte en santé mondiale, a déclaré que ces associations demandent des enquêtes approfondies afin de préserver l'éthique et la confiance publique.
Points clés à retenir
- Les dossiers du ministère de la Justice montrent des échanges réguliers entre Peter Attia et Jeffrey Epstein entre 2015 et 2018.
- Attia a offert des conseils médicaux et des introductions, a demandé des recommandations de patients et a organisé des rencontres, dont une au Baccarat impliquant une candidate pour un poste.
- Les rencontres ont eu lieu après la condamnation d'Epstein en 2008; Epstein était tenu d'être enregistré comme délinquant sexuel.
- Attia affirme n'avoir jamais vu d'actes illégaux et ne pas avoir été le médecin traitant d'Epstein, tandis que son porte-parole dit qu'aucune relation commerciale ou d'embauche n'a résulté de ces interactions.
- La diffusion de ces échanges a entraîné des conséquences professionnelles pour Attia et relance les questions sur la responsabilité des médecins qui fréquentent des individus condamnés pour crimes sexuels.
En somme, la publication de ces échanges oblige à poser des questions simples mais essentielles : quelles limites les professionnels de santé doivent-ils s'imposer dans leurs relations publiques et privées, et comment maintenir la confiance du public quand des liens compromettants apparaissent ? Les réponses pourront affecter non seulement la carrière d'Attia, mais aussi la manière dont la profession médicale est perçue quand elle s'associe à des figures controversées.