Un revirement assumé sur TikTok

Zohran Mamdani, maire de New York, fait machine arrière sur une consigne héritée de l’ère Eric Adams qui interdisait TikTok sur les appareils appartenant à la ville. Les agences municipales pourront désormais publier sur l’application pour parler de leurs projets et de leurs services, à condition de respecter de nouvelles règles censées limiter les risques pour les réseaux de la ville. Oui, même en 2026, il faut encore expliquer qu’un réseau public n’est pas l’endroit idéal pour improviser avec une appli vidéo.

Selon un courriel adressé aux agences et consulté par WIRED, l’administration Mamdani dit vouloir utiliser « tous les outils à sa disposition » pour communiquer avec les habitants. Le message insiste sur le fait qu’à une époque où les New-Yorkais se tournent vers la mairie pour obtenir des informations sur les services gratuits, les situations d’urgence, les événements à venir et bien d’autres choses encore, la ville veut ouvrir de nouveaux canaux de diffusion.

De l’interdiction à la réouverture encadrée

En août 2023, Eric Adams avait interdit TikTok sur les appareils gouvernementaux, rejoignant alors d’autres administrations locales, étatiques et fédérales qui considéraient l’application comme un risque majeur pour la sécurité. À l’époque, Jonah Allon, porte-parole d’Adams, expliquait que le bureau Cyber Command de la ville jugeait que TikTok, propriété de ByteDance, entreprise basée en Chine, « représentait une menace pour la sécurité des réseaux techniques de la ville » et en avait ordonné la suppression des appareils municipaux.

Cette décision avait entraîné l’arrêt de plusieurs comptes municipaux populaires, dont ceux des services de la propreté et des parcs et loisirs de New York. Mardi matin encore, leurs bios indiquaient : « Ce compte était géré par la ville de New York jusqu’en août 2023. Il n’est plus surveillé. » Un petit monument numérique à la prudence administrative.

Désormais, ces comptes TikTok pourront rouvrir, mais sous conditions. Les agences devront utiliser des appareils distincts, fournis par l’administration, qui ne contiennent ni données sensibles ni données restreintes. Ces appareils ne pourront pas servir aux e-mails, aux systèmes internes, ni à des accès privilégiés, précise le courriel envoyé aux services.

La ville impose aussi que les comptes soient gérés par du personnel précis, issu des services de presse et de communication, avec des adresses e-mail professionnelles de la mairie, et non des comptes personnels.

Mamdani mise sur les réseaux sociaux

Dans une déclaration transmise à WIRED, Mamdani a défendu ce choix en affirmant qu’« dans un paysage médiatique fragmenté, de plus en plus de personnes, en particulier les plus jeunes, cherchent ailleurs que sur l’écran de leur télévision pour s’informer ». Selon lui, la mission de la ville est simple : aller là où sont les habitants, même si cela suppose de sortir un peu de ses habitudes et de parler selon les usages réels des New-Yorkais.

Ce changement de cap n’a rien d’un hasard. Après son élection en novembre, Mamdani a largement misé sur les réseaux sociaux pour sa campagne, notamment sur TikTok, afin de recruter des bénévoles et de diffuser son programme. Depuis son arrivée au pouvoir, il continue d’utiliser ces plateformes pour publier des messages de service public sur les programmes municipaux.

En janvier, avant un épisode de météo hivernale jugé dangereux, Mamdani a publié sur le compte Instagram officiel @nycmayor une vidéo invitant les habitants à s’inscrire à NotifyNYC, le programme gratuit d’alerte d’urgence de la ville. D’après les chiffres communiqués par son cabinet, ce message a permis d’ajouter plus de 32 000 abonnés en quatre jours. L’année précédente, New York City Emergency Management avait mené une campagne publicitaire de 240 000 dollars pour le même programme, ce qui avait permis de gagner environ 48 000 abonnés.

Le maire a aussi diffusé plusieurs vidéos pour encourager les habitants à participer à un programme du département de la propreté consacré au déneigement. Environ 5 000 personnes se sont inscrites, soit trois fois plus que le nombre de participants enregistrés jusque-là.

Un contexte technologique qui a changé

La situation de TikTok elle-même a aussi évolué. En janvier 2026, l’entreprise a finalisé un accord avec l’administration Trump pour créer une nouvelle version américaine de la société, soutenue par des investisseurs américains, dont Oracle. Ce consortium a permis d’éviter une interdiction nationale de l’application.

Autrement dit, entre la mairie de New York qui réouvre TikTok à ses services et l’entreprise qui a réorganisé sa présence aux États-Unis pour échapper à l’interdiction, l’application a trouvé un peu de stabilité. Chose rare, et donc presque suspecte.