Peaky Blinders a marqué la décennie 2010 grâce à une combinaison simple mais efficace : une atmosphère travaillée, une esthétique assumée et Cillian Murphy plus menaçant que jamais à cheval. La série se déroulait principalement entre 1919 et le milieu des années 1930 et jouait volontiers sur l'image du hors-la-loi glamour plutôt que sur une étude psychologique pointue.
Fiche technique rapide
Date de sortie : vendredi 20 mars (Netflix)
Durée : 1 h 52
Classification : Rated R
Réalisateur : Tom Harper
Scénario : Steven Knight
Distribution principale : Cillian Murphy, Barry Keoghan, Rebecca Ferguson, Tim Roth, Sophie Rundle, Stephen Graham
De quoi ça parle
Le film fait office d’épilogue à la série et se déroule en 1940, alors que les Midlands subissent les bombardements. Tommy Shelby (Cillian Murphy) est désormais un homme brisé, retiré de la vie publique. Il vit seul dans une propriété en ruines, chasse des pigeons et rédige sa confession sur une vieille machine à écrire. Les fantômes de son passé, notamment la mémoire de sa fille morte de la tuberculose, le hantent constamment.
La routine de Tommy est interrompue par deux femmes : sa sœur Ada (Sophie Rundle), devenue représentante politique, et Kaulo (Rebecca Ferguson), une Romani envoyée pour le ramener vers son destin. Ada informe Tommy que Birmingham est en ruine et que son fils, Duke, a pris la tête des Blinders en prenant des décisions dangereuses. Kaulo apparaît comme un guide aux allures mystiques et apporte une part d’ambiguïté surnaturelle au récit.
Duke et l’héritage violent
Duke, le fils illégitime de Tommy, était incarné enfant par Conrad Khan dans la série. Ici, il est joué par Barry Keoghan. Duke est un nihiliste qui dirige désormais le gang et l’enfonce dans des activités criminelles qui menacent l’effort de guerre britannique : vol de pièces d’artillerie, détournement de morphine destinée aux victimes des bombardements, et autres combines peu glorifiantes.
Un personnage fasciste britannique, John Beckett (Tim Roth), tente d’attirer Duke dans un plan pour inonder le marché de fausse monnaie allemande et provoquer l’effondrement économique. L’attraction de Duke n’est pas seulement financière : il est séduit par le discours viriliste et la promesse d’un rôle plus grand.
Ce qui fonctionne
- La photographie : George Steel offre des images superbes. Les brumes du nord de l’Angleterre, les pierres anciennes et la lumière crépusculaire sont captées avec grande élégance.
- Les interprétations : Murphy reste magnétique dans le rôle de Tommy. Barry Keoghan apporte une énergie troublante à Duke, et Rebecca Ferguson impose une présence étrange et déterminée.
- La production : la direction artistique et les costumes restent impeccables, fidèle à l’esthétique frappante qui a fait le succès de la série.
Ce qui pêche
- Le scénario : le film souffre d’un dialogue parfois trop explicatif et d’une écriture qui privilégie la progression rapide de l’intrigue au développement profond des personnages.
- Le fan service : certaines scènes donnent l’impression de cocher des cases pour faire plaisir aux fans plutôt que d’explorer de nouvelles idées.
- Les excès visuels : entre plans très travaillés et séquences oniriques un peu floues, le film oscille parfois entre beauté et effets un peu artificiels.
Verdict
Peaky Blinders : The Immortal Man est un film qui excelle par son look et ses performances, tout en restant limité par une écriture trop appuyée et des moments de fan service expédiés. Si vous aimez l’esthétique sombre et soignée de la série et que vous pouvez supporter un scénario qui privilégie le rythme à la profondeur, vous passerez un bon moment. Sinon, attendez-vous à un bel emballage pour une histoire qui n’ose pas toujours creuser.
En résumé, beaucoup de style, beaucoup de mélancolie, et parfois trop peu de substance.