Un hiver dur, et puis ça bouge. La campagne d'hiver a été impitoyable: frappes aériennes massives, coupures d'électricité et de chauffage pour des millions de personnes. Pourtant, pour la première fois depuis presque trois ans, Kyiv a réussi à reprendre du terrain, un signe que la dynamique du front n'est pas figée.

Combien de terrain a été repris?

Le chiffre officiel avancé par la présidence ukrainienne s'élève à environ 460 km2. Un observateur militaire extérieur propose une estimation plus conservatrice, autour de 257 km2. Les chiffres varient parce que la ligne de front est poreuse et que certains secteurs sont difficiles à cartographier précisément.

Où ça a avancé?

Les gains les plus notables sont dans l'est, surtout dans la région de Dnipropetrovsk, où la présence russe était jusque-là limitée et où il ne resterait plus que quelques localités sous occupation. Dans la voisine Zaporizhia, les forces ukrainiennes ont repris neuf villes depuis janvier. Autour de Donetsk, la situation reste tendue: les combats continuent vers des villes comme Sloviansk, Liman, Siversk et Kostiantynivka.

Pourquoi la Russie recule à certains endroits?

Plusieurs facteurs se conjuguent. Kyiv et ses partisans soulignent que la Russie éprouve des difficultés à reconstituer ses pertes au front. Selon des déclarations des autorités ukrainiennes, les pertes russes seraient très élevées, et la capacité de faire entrer en ligne de nouveaux combattants semblerait désormais limitée.

La baisse du flux de recrues, des problèmes financiers liés aux sanctions et la difficulté d'entretenir un effort de mobilisation de grande ampleur sont évoqués comme causes majeures. Dans ce contexte, l'armée russe chercherait des solutions alternatives à la mobilisation générale, notamment en formant des opérateurs de drones parmi des étudiants et en offrant des primes pour convaincre certains engagés.

Des victoires tactiques, pas encore un renversement stratégique

Des responsables militaires ukrainiens qualifient ces percées de tactiques mais significatives. Elles produisent des effets sur les plans opérationnel et psychologique et pourraient compliquer les plans d'une offensive printanière russe. Cela dit, plusieurs observateurs restent prudents: les gains sont limités et souvent concentrés dans des zones politiquement sensibles qui avaient été déclarées annexées.

Et la mer Noire?

Un autre front à surveiller se trouve en mer Noire. Ces derniers mois, des frappes ont endommagé plusieurs navires russes dans leur port principal sur la côte, y compris un navire capable de lancer des missiles de croisière. La flotte russe avait déjà été déplacée hors de certains ports après des pertes antérieures. L'usage intensif des drones par l'Ukraine rend la position des plus gros bâtiments vulnérable quand ils restent confinés à des ports exposés.

Ce que ça veut dire

  • Les avancées ukrainiennes sont réelles mais limitées; elles ne changent pas encore le rapport de force global.
  • Le principal avantage pour Kyiv est d'ordre tactique et moral: récupérer du terrain et semer le doute côté adverse.
  • Pour Moscou, l'enjeu reste de trouver comment maintenir ses effectifs et son approvisionnement sans provoquer une contestation intérieure trop forte.

En bref, ce n'est pas la fin du chapitre mais un nouvel épisode. Les succès d'aujourd'hui sont utiles et peuvent peser sur la suite, mais la guerre conserve toute sa complexité, et les prochains mois seront déterminants.