Contexte rapide : en l’espace de trois semaines de frappes, Washington et Tel-Aviv ont multiplié les objectifs annoncés pour leur campagne contre l’Iran. Les promesses allaient de la destruction des capacités militaires régionales à l’élimination du programme nucléaire, en passant par la volonté de provoquer des dissensions internes.

Trois phases visibles

Les frappes ont suivi, selon plusieurs analystes, une trajectoire en trois temps.

  • Phase 1, choc initial : une campagne de type "shock and awe" visant les capacités militaires classiques mais aussi la direction politique et militaire. Dans les heures qui ont suivi le début des opérations le 28 février, l’article rapporte que l’Iran a confirmé la mort du guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables des Gardiens de la révolution.
  • Phase 2, ciblage des institutions de sécurité : frappes répétées contre les quartiers généraux des Gardiens de la révolution, contre les forces paramilitaires Basij et contre des postes de police. L’objectif apparent était d’affaiblir la capacité du régime à assurer la sécurité intérieure et d’ouvrir la voie à des troubles ou à l’activation de cellules armées internes.
  • Phase 3, attaques d’infrastructures civiles : des frappes récentes sur le champ gazier South Pars ont été interprétées comme un passage à une stratégie visant à perturber les services essentiels, notamment l’électricité et le gaz. Ce type d’attaque a provoqué des ripostes iraniennes, notamment contre des installations gazières et pétrolières régionales.

Priorités militaires mises en lumière

Les données suivies par des organisations spécialisées montrent une attention marquée sur certaines capacités iraniennes. Les frappes ont particulièrement visé :

  • les capacités balistiques, les drones et la navigation navale ;
  • les systèmes mobiles et de communication liés à ces capacités ;
  • les installations et quartiers généraux des Gardiens de la révolution.

Pourtant, les sites nucléaires ont été parmi les moins touchés jusqu’ici.

Chiffres et portée

Une source de suivi de conflit a comptabilisé 1 434 "événements de frappe" menés par les forces US et israéliennes, contre 835 événements de riposte iraniens. Le gouvernement américain affirme avoir visé plus de 7 800 cibles depuis le 28 février et mené plus de 8 000 missions de combat. Les autorités américaines disent en outre avoir endommagé ou détruit 120 navires iraniens.

Malgré la dégradation évidente des forces conventionnelles iraniennes, des experts soulignent que Téhéran conserve des capacités de nuisance, grâce à une doctrine décentralisée qui facilite la résilience et le remplacement rapide d’éléments perdus.

Escalade et nouveaux outils

Les frappes ont progressé vers des cibles plus résistantes. L’utilisation annoncée de bombes dites "bunker-buster" GBU-72/B, d’une masse d’environ 5 000 livres (2 270 kg), vise des sites balistiques fortifiés le long du détroit d’Ormuz. Sur le plan humain, un déploiement de 2 000 marines américains issu du Pacifique a aussi été signalé, ce qui alimente les spéculations sur une éventuelle opération visant des positions côtières comme l’île de Kharg.

Cependant, reprendre et tenir des points stratégiques le long de la côte iranienne resterait extrêmement difficile sans des forces au sol beaucoup plus importantes. Des voix influentes estiment que des opérations de longue durée et d’envergure seraient nécessaires pour contrôler durablement le détroit, sans garantie de solution diplomatique.

Programme nucléaire : difficile à « éliminer » depuis les airs

Plusieurs observateurs jugent improbable la destruction complète du programme nucléaire iranien par des frappes aériennes seules. Des dégâts ont été infligés aux sites de Fordow, Natanz et Isfahan lors de campagnes précédentes, mais l’élimination totale d’une capacité étalée sur un grand territoire semble hors de portée sans intervention terrestre ou sans connaître précisément l’étendue des stocks et des infrastructures cachées.

Le directeur de l’agence nucléaire onusienne a aussi mis en garde contre les conséquences de frappes sur des installations nucléaires, soulignant la complexité et les risques associés.

Objectifs réels et divergences entre alliés

Sur la base des cibles choisies, on décèle des objectifs communs mais aussi des différences marquées entre Washington et Tel-Aviv. Les deux pays convergent pour dégrader les forces balistiques, les défenses aériennes et la structure de commandement. En revanche, Israël semble rechercher une transformation plus profonde du système iranien, allant jusqu à viser des figures susceptibles de négocier une sortie de crise.

Des assassinats ciblés de responsables iraniens, ainsi que des frappes sur des forces paramilitaires intérieures, suggèrent une volonté israélienne d’accentuer l’instabilité interne. Le récent bombardement du champ South Pars, revendiqué par Israël selon certains rapports, a même été dénoncé publiquement par le gouvernement américain comme une action menée sans son approbation.

Quel seuil pour une « victoire » ?

Le critère de victoire reste flou. Détruire des capacités militaires est possible sur le court terme, mais cela ne garantit pas la fin du conflit ni la stabilité régionale. Une cessation des bombardements ne mettrait pas automatiquement fin aux actions iraniennes ni à la fermeture symbolique ou effective du détroit d’Ormuz, qui demeure un point critique pour le commerce et la sécurité mondiale.

En l’absence d’un plan diplomatique crédible, la trajectoire actuelle ouvre la voie à une guerre d’usure longue et incertaine, dans laquelle les frappes aériennes réduisent certaines capacités mais ne règlent pas la question politique centrale du régime et de son avenir.

Conclusion : les cibles choisies ces trois dernières semaines montrent une stratégie à plusieurs volets, mêlant pressions militaires et actions visant la stabilité interne iranienne. Mais ces choix ont aussi réduit les marges de manœuvre pour désamorcer rapidement le conflit, et révèlent des priorités divergentes entre alliés.