La campagne de frappes menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran entre maintenant dans sa troisième semaine. Les dommages économiques et humains se multiplient, la finalité stratégique devient de plus en plus confuse et toute issue politique acceptable paraît s'éloigner. Plutôt que de se résigner, il faut pousser pour mettre fin à cette destruction.

Pas de justification solide pour une guerre préventive

Il n'existe aucune preuve publique qu'Iran préparait une attaque imminente qui rendrait cette offensive légitime au titre de la légitime défense. L'argument avancé par l'administration américaine relève de la prévention: freiner le programme de missiles d'Iran et sa capacité nucléaire potentielle. Or le droit international n'autorise pas des attaques armées pour de simples raisons préventives. Si l'on acceptait cette logique, on ouvrirait la porte à une multiplication sans limite de conflits armés. Et même selon cette logique, l'opération s'est révélée être un échec.

Domination aérienne, maigre gain stratégique

Après la neutralisation des systèmes de défense aérienne iraniens, les forces US et israéliennes ont pris le contrôle du ciel et peuvent frapper à volonté. Le premier ministre israélien affirme disposer d'une longue liste de cibles potentielles. Mais, d'après des déclarations publiques, l'administration américaine a fini par reconnaître qu'il ne restait presque rien d'utile à frapper.

Le désaccord entre Washington et Tel-Aviv porte en partie sur les objectifs. Israël semble viser l'affaiblissement maximal d'Iran pour retarder sa capacité de riposte. Le président américain, lui, paraît favoriser une stratégie de changement de régime dans le style de ce qui a été tenté au Venezuela, espérant un gouvernement plus docile envers les intérêts américains.

Effet inverse sur le pouvoir iranien

La violence a renforcé les conservateurs. Après la mort du guide suprême Ali Khamenei lors de la première frappe, des responsables iraniens qui pouvaient encore envisager un compromis ont perdu du terrain. La sélection du fils du précédent dirigeant comme nouveau guide suprême signale une volonté de poursuivre la ligne dure. L'élimination d'Ali Larijani, haut responsable de la sécurité considéré comme un pont entre factions, prive la possibilité d'un leadership susceptible de négocier un cessez-le-feu. Ces événements favorisent donc la prolongation du conflit.

La guerre s'étend: missiles, drones, détroits et prix de l'énergie

Les frappes ont sans doute réduit la portée des missiles longue distance iraniens, mais les autorités contrôlantes disposent encore d'une importante réserve de drones et de projectiles de moindre portée qui continuent d'attaquer des États du Golfe voisins et des bases alliées. Par ailleurs, l'usage de mines et de vedettes rapides a permis à l'Iran de bloquer une portion significative du détroit d'Hormuz, impactant l'acheminement mondial de pétrole et de gaz liquéfié et faisant monter les prix.

Quant au programme nucléaire iranien, il reste une menace potentielle. Des éléments hautement enrichis pourraient être cachés profondément sous terre. Les extraire impliquerait une opération terrestre longue et risquée, loin des actions rapides et spectaculaires qu'imaginent certains faiseurs de politique.

Les civils paient un prix humain lourd

La population iranienne subit de lourdes pertes. L'attaque la plus meurtrière a touché une école primaire de filles, faisant un bilan rapporté d'environ 168 morts, majoritairement des élèves. L'enquête du Pentagone a évoqué des «données de ciblage obsolètes» comme explication, qualification qui laisse peu d'excuses quand l'édifice scolaire était visible sur des images satellites et avait une présence en ligne de longue date. Le double impact signalé dans l'attaque rend la version d'une erreur involontaire encore plus difficile à accepter.

La responsabilité d'éviter les pertes civiles incombe aux forces belligérantes. Or des choix politiques semblent avoir affaibli les mécanismes d'évaluation des dommages collatéraux. Le chef du ministère de la Défense américain a publiquement déclaré vouloir privilégier la «létalité» sur la «légalité tiède» et a réduit les financements pour les évaluations des dommages causés aux civils.

De son côté, l'armée israélienne a ciblé des dépôts de carburant près de Téhéran. Au-delà de la justification militaire possible, l'attaque a produit des nuages toxiques et des résidus de suie affectant des millions de civils. L'Organisation mondiale de la santé recense par ailleurs des attaques répétées contre des structures de santé et des pertes parmi les personnels médicaux, alors que le droit international protège généralement les établissements de santé.

Conséquences politiques et risques économiques

Avec des objectifs flous, le résultat pratique peut être que l'Iran «remporte» la confrontation simplement en survivant à l'agression. Le régime iranien a déjà montré peu de scrupules pour conserver le pouvoir, y compris par la répression interne. Appeler la population iranienne à se soulever, comme l'a fait la rhétorique présidentielle, revient à ignorer le coût humain récurrent de tels appels.

Militairement, l'Iran ne gagnera probablement pas une bataille frontale, mais il peut infliger des coûts asymétriques: pousser les prix de l'énergie à la hausse juste avant des échéances électorales américaines, attaquer des intérêts régionaux et mettre en lumière la vulnérabilité des États du Golfe. Ces dynamiques ont des répercussions globales, notamment sur l'inflation et les marchés financiers.

L'opinion publique internationale évolue aussi. Le soutien américain à Israël a fortement diminué depuis les événements de Gaza et les accusations d'apartheid et de déplacements massifs en Cisjordanie. L'attaque contre l'Iran ajoute un nouvel élément d'inquiétude. Parallèlement, le comportement belliqueux américain a éloigné certains alliés traditionnels et les pousse à rapprocher leurs relations avec d'autres puissances mondiales.

Sur le plan diplomatique, les demandes d'aide pour sécuriser le passage des tankers dans le détroit d'Hormuz sont restées en grande partie sans réponse des alliés. Les menaces publiques de lier l'engagement envers des alliances de défense à la participation à cette campagne offensive n'ont guère convaincu les partenaires.

Conclusion: stopper l'escalade

Le président américain multiplie les déclarations triomphalistes, mais les coûts réels de cette aventure augmentent: hausse des prix, baisse des marchés, risque politique intérieur et divisions au sein même de sa base. L'espoir pour les Iraniens et pour le monde est que Washington reconnaisse l'impasse et cesse de poursuivre une guerre sans fin encouragée par d'autres acteurs. Il est urgent que la Maison Blanche refuse la trajectoire d'une guerre perpétuelle et privilégie une sortie qui évite davantage de pertes humaines et de déstabilisation régionale.