Donald Trump essaie une fois de plus d'utiliser l'OTAN comme levier pour obliger les alliés européens à venir réparer une situation créée par Washington. Après l'attaque américaine contre l'Iran, Téhéran a fermé le détroit d'Hormuz pour la navigation, ce qui a fait grimper le prix du pétrole. Maintenant, la Maison Blanche demande aux pays européens d'entrer en première ligne pour limiter les dégâts. Ce n'est pas une bonne idée.
Où en est le conflit?
La confrontation ne tourne pas en faveur des Etats-Unis. L'Iran a frappé des cibles américaines et des alliés dans le Golfe en riposte. Au moins 13 militaires américains ont été tués jusqu'ici, tandis que le nombre de morts civiles iraniennes dépasse 1 200. Les coûts financiers sont déjà énormes: les premiers douze jours de la guerre ont coûté 16,5 milliards de dollars à l'armée américaine, soit plus que le budget d'aide humanitaire américain pour 2024.
La hausse prolongée du prix du pétrole menace l'économie européenne et certaines économies asiatiques. Une facture énergétique plus élevée peut se traduire rapidement par une récession sur le Vieux Continent.
Les gouvernements européens répondent majoritairement non
La majorité des capitales européennes ont refusé de se laisser entraîner. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, l'a dit clairement: « Ce n'est pas notre guerre. Nous ne l'avons pas commencée. » Le Premier ministre britannique Keir Starmer évoque toutefois l'idée d'un plan pour rétablir la liberté de navigation dans la région, ce qui montre que certains cherchent une solution pratique plutôt qu'une escalade militaire.
Kaja Kallas, haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, a proposé de modifier le mandat d'une opération navale européenne en mer Rouge pour y ajouter le détroit d'Hormuz. Les gouvernements ont repoussé cette option pour l'instant. Déployer des forces européennes dans le Golfe augmenterait le risque que l'Iran vise aussi des militaires européens.
Pourquoi l'Europe doit refuser d'entrer dans le conflit
- Risque pour la sécurité européenne: s'engager dans le Golfe affaiblirait la logique de renforcement militaire en Europe nécessaire pour dissuader la Russie.
- La Russie reste la menace principale: au-delà de l'invasion de l'Ukraine, Moscou s'attaque aux infrastructures, mène des actes de sabotage et diffuse des campagnes de désinformation pour fragiliser les démocraties européennes. Les évaluations de renseignement estiment que la Russie pourrait menacer l'intégrité territoriale d'un État membre de l'OTAN à moyen terme.
- Opposition publique: l'opinion publique européenne est majoritairement contre cette guerre. Dans plusieurs sondages au Royaume-Uni et en Allemagne, près de 60 % des personnes interrogées étaient opposées à l'intervention, et seulement 25 % y étaient favorables. En Italie et en France, la majorité des sondés rejette aussi l'escalade.
- Coût politique: impliquer les armées européennes dans une guerre choisie par Washington minerait le soutien nécessaire aux dépenses de défense visant à mieux protéger le continent.
Que faire maintenant?
Plutôt que d'accompagner une montée en puissance militaire, l'Europe devrait pousser les États-Unis vers la désescalade en usant de l'influence diplomatique qui lui reste. Les gouvernements européens qui veulent préserver leur crédibilité auprès de leurs populations doivent promouvoir une solution négociée et refuser d'être entraînés dans une guerre qui n'est pas la leur.
Sur le plan militaire, la posture recommandée est défensive: prioriser la protection des troupes déjà déployées, intercepter les missiles et limiter toute nouvelle projection de forces vers le Golfe. Minimiser les déploiements réduit la probabilité d'attaques ciblant des soldats européens.
Une leçon stratégique
Trump a déjà utilisé la menace de couper l'aide ou d'abandonner des engagements pour faire pression. Dans d'autres cas, l'Europe a comblé les vides ou Washington est revenu sur sa position. Ici, les gouvernements européens doivent rester confiants et résistants. S'engager maintenant coûterait cher, affaiblirait la cohésion intérieure et détournerait l'attention de l'enjeu vital: la défense contre la Russie.
En résumé, l'option raisonnable est claire: refuser de transformer l'OTAN en instrument pour résoudre un conflit que Washington a choisi, tout en cherchant activement à réduire les tensions et à protéger les populations et les intérêts européens.