Les marchés noirs en ligne en langue chinoise sont devenus des moteurs massifs de la cybercriminalité, traitant chaque année des dizaines de milliards de dollars. Ces plateformes fournissent des services qui permettent le vol de données, le blanchiment d'argent, et alimentent parfois des camps de fraude où des victimes sont exploitées jour et nuit.

Le Royaume-Uni passe à l'offensive

Le ministère britannique des Affaires étrangères a annoncé des sanctions contre la place de marché en ligne appelée Xinbi Guarantee. L'objectif officiel est de limiter la capacité de cette plateforme à transformer ou dépenser des cryptomonnaies liées à des activités criminelles. Les sanctions visent aussi plusieurs personnes accusées d'être impliquées dans des centres de fraude industriels au Cambodge, dont le tristement célèbre camp connu sous le nom de #8 Park.

Les autorités britanniques ont saisi des biens à Londres, dont un penthouse évalué à 9 millions de livres, liés aux personnes sanctionnées. Le gouvernement qualifie ces mesures d'envoi d'un message clair, selon sa déclaration publique.

Qui est Xinbi et quel est l'impact ?

  • Rôle : Xinbi a servi de place de marché proposant des services essentiels aux opérations d'escroquerie en ligne, comme la vente de données, des outils techniques et des services de blanchiment.
  • Montants en jeu : Les estimations varient, mais des sociétés de traçage de crypto ont évalué le volume traité par Xinbi à environ 8,4 milliards de dollars depuis 2022, et jusqu'à environ 19,7 à 19,9 milliards de dollars entre 2021 et 2025 si l'on inclut l'ensemble des marchands et de l'infrastructure liés à la plateforme.
  • Droits humains : Les autorités affirment que Xinbi a tiré profit de violations graves des droits humains, en lien avec des traitements et tortures rapportés dans certains centres de fraude.

Comment Xinbi a résisté aux coups

Après des purges sur la messagerie Telegram, Xinbi a rapidement reconstruit sa présence, recréant des canaux et diversifiant son infrastructure. Les responsables de la plateforme ont aussi dupliqué des éléments de leur système de paiements sur d'autres applications de messagerie et lancé leur propre application de paiement, XinbiPay, pour réduire le risque d'interruption.

Une réponse mondiale, mais une industrie résiliente

Les gouvernements multiplient les actions : sanctions contre des places de marché crypto, raids sur des centres de fraude, et efforts pour perturber le blanchiment lié aux cryptos. L'an dernier, des actions coordonnées ont abouti à des sanctions majeures et à des arrestations, y compris l'arrestation alléguée d'un chef présumé de réseau. Le Cambodge a aussi fermé des centaines de camps de fraude dans la région.

Pourtant, l'argent qui circule dans ces réseaux, et parfois des liens politiques locaux, permettent à ces organisations d'acheter de nouvelles technologies, de renforcer leur infrastructure, et de devenir plus difficiles à démanteler. Les experts décrivent une boucle perverse : l'industrie de la fraude investit dans son propre système de paiement et de blanchiment, ce qui la rend plus résistante aux mesures de police.

Chiffres et conséquences

  • Signalements : Les plaintes pour escroqueries en ligne continuent d'augmenter. Les données préliminaires montrent environ 456 000 plaintes reçues par le centre américain de plainte sur la criminalité internet en 2025, avec des pertes déclarées dépassant 17,7 milliards de dollars.
  • Saut des pertes : Les pertes déclarées ont crû d'environ 350 % depuis 2019, selon des responsables fédéraux.
  • Séparation des réseaux : Les enquêteurs notent que les opérations des centres de fraude sont souvent séparées des réseaux de blanchiment. Cela oblige les autorités à mener deux types d'enquêtes distinctes pour couper l'activité criminelle et suivre l'argent.

Où est la vraie faiblesse ?

Les spécialistes estiment que la vulnérabilité principale n'est pas seulement dans les campagnes d'escroquerie elles-mêmes, mais dans l'infrastructure financière souterraine qui les alimente. Des organisations de blanchiment en Asie ont développé des capacités importantes et sont devenues des acteurs majeurs du marché mondial du blanchiment d'argent, ce qui complique grandement les efforts internationaux de disruption.

En résumé, la sanction britannique contre Xinbi est un coup significatif, mais elle se déroule dans un affrontement plus large entre les autorités et des réseaux très organisés, bien financés et technologiquement adaptatifs. Attendre que le problème disparaisse seul serait optimiste. Il faudra maintenir la pression, sur plusieurs fronts, pour entamer une vraie rupture dans ces écosystèmes criminels.