Le sénateur Bernie Sanders prévoit de présenter un projet de loi visant à instaurer un moratoire national sur la construction ou l’extension des centres de données utilisés pour l’intelligence artificielle, jusqu’à ce que le Congrès adopte des lois destinées à protéger le public contre les risques liés à l’IA. La représentante Alexandria Ocasio-Cortez prépare une mesure similaire pour la Chambre des représentants.
Ce que prévoit le projet de loi
La proposition de loi impose une pause à durée indéterminée sur les nouveaux centres de données et les extensions de ceux existants dédiés à l’IA, en utilisant des critères physiques pour définir les installations concernées, notamment les sites dont la consommation dépasse 20 mégawatts. Le moratoire resterait en vigueur jusqu’à l’adoption de règles répondant à plusieurs préoccupations :
- Empêcher les centres de données d’aggraver le changement climatique et de nuire à l’environnement.
- Limiter la hausse des factures d’électricité des ménages liée à ces infrastructures.
- Garantir que les produits d’IA ne portent pas atteinte à la santé et au bien-être des travailleurs, à la vie privée, aux droits civiques ou à la sécurité humaine.
- Contraindre les entreprises technologiques à partager les richesses générées par l’IA avec le public.
- Interdire l’exportation de matériel informatique clé vers des pays ne disposant pas de protections comparables.
Le texte mentionne même explicitement certains dirigeants et entreprises majeurs de l’IA comme exemples d’acteurs ayant profité de cette technologie tout en alertant sur la rapidité de son évolution.
Pourquoi cela inquiète
Les communautés locales et les groupes environnementaux ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes face à la multiplication des projets de centres de données. Les critiques portent principalement sur la hausse des coûts de l’électricité, la forte consommation d’eau, l’impact sur les territoires et les communautés, ainsi qu’un malaise général face à la concentration d’infrastructures d’IA puissantes entre les mains d’entreprises privées.
Les sondages montrent qu’une part importante du public considère ces centres comme un problème environnemental et de qualité de vie. L’opposition locale a déjà entraîné le report ou l’annulation de nombreux projets. Une estimation récente évoque des milliards de dollars d’investissements retardés ou abandonnés en un seul trimestre en raison de ces résistances.
Actions locales et au niveau des États
Des dizaines de villes et de comtés ont adopté des moratoires locaux. Au moins une douzaine de législatures d’États ont examiné ou proposé des pauses à l’échelle de leur territoire, avec des initiatives dans tout le pays. Certaines propositions viennent de démocrates, d’autres de républicains, et certaines bénéficient d’un soutien bipartisan.
Enjeux politiques et acteurs
Sanders présente ce moratoire comme une opportunité de garantir que l’IA profite aux familles travailleuses et pas uniquement aux dirigeants fortunés. Parmi les soutiens figurent des groupes environnementaux qui avaient déjà appelé le Congrès à agir via une lettre ouverte.
Les préoccupations autour des centres de données ne se limitent pas à un seul camp politique. Plusieurs figures conservatrices et certains républicains au Congrès ont également critiqué leur expansion. Récemment, un duo bipartisan de sénateurs a proposé une loi visant à protéger les consommateurs contre les hausses de tarifs énergétiques liées à ces infrastructures.
Le gouverneur de Floride s’est particulièrement exprimé sur les risques de l’IA et l’impact des centres de données, proposant des mesures pour limiter les subventions et empêcher l’augmentation des coûts de l’électricité. Certaines de ces initiatives ont progressé, tandis que d’autres sont restées bloquées.
La réponse de l’industrie et de la Maison-Blanche
Les grandes entreprises technologiques et la Maison-Blanche ont reconnu les critiques liées à la croissance des centres de données. Les leaders du secteur ont accepté une déclaration non contraignante visant à couvrir les coûts d’infrastructure et d’énergie, une initiative que les critiques jugent surtout symbolique. Certains engagements, comme l’absorption des coûts supplémentaires, ne dépendent pas entièrement des entreprises ou de l’administration.
L’industrie met en garde contre les effets négatifs d’un moratoire fédéral, notamment une réduction de la capacité d’internet, un ralentissement des services essentiels, une perte d’emplois bien rémunérés et une baisse des recettes fiscales locales. Les organisations professionnelles affirment vouloir collaborer avec les communautés et les décideurs pour trouver un équilibre.
Ce que cela implique
Le projet de loi a peu de chances d’être adopté rapidement, compte tenu du soutien politique et industriel à un déploiement rapide de l’IA, ainsi que des investissements massifs des entreprises technologiques à Washington. Néanmoins, cette proposition est importante car elle regroupe des préoccupations environnementales, sociales et liées à la sécurité de l’IA dans un débat national unique.
Qu’il soit adopté ou non, le débat évolue. De plus en plus de villes, d’États et d’activistes considèrent désormais les centres de données comme une question de politique publique, et non plus seulement comme un sujet immobilier ou technologique. Cette évolution pourrait influencer la manière et les lieux où les systèmes d’IA seront développés dans les années à venir.