Beirut — Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a lancé une accusation qui a fait frémir la scène politique : selon lui, le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, connu sous le sigle IRGC, dirige les opérations militaires de Hezbollah, y compris des vols de drones depuis le Liban vers Chypre.
Ce que Salam a dit et pourquoi ça inquiète
Interrogé par une chaîne saoudienne, Salam a affirmé que l'IRGC gère les opérations militaires menées par Hezbollah au sud du pays. Il a aussi évoqué des attaques de drones contre une base de l'air britannique à Chypre et l'entrée sur le territoire libanais de responsables iraniens munis de faux passeports.
Cela survient dans un contexte déjà dramatique : depuis le début des frappes en mars, plus de 1 000 personnes ont été tuées et au moins 1,2 million de personnes ont été déplacées, soit plus de 20 % de la population. Des chercheurs de Human Rights Watch estiment que ce déplacement massif pourrait constituer un crime de guerre.
Des liens anciens, pas une surprise
L'association entre l'IRGC et Hezbollah n'est pas neuve. Hezbollah est né en 1982, avec l'appui de l'Iran et de son service révolutionnaire. Après un cessez-le-feu en novembre 2024, l'Iran a dépêché des officiers de l'IRGC au Liban pour auditer et réorganiser la structure militaire du mouvement.
Selon plusieurs rapports, la chaîne de commandement de Hezbollah a été remaniée pour adopter un modèle de cellules plus petites et plus autonomes, une approche semblable à ce que l'IRGC appelle parfois la « défense mosaïque ». Des analystes estiment que ces changements facilitent des actions locales parfois coordonnées avec des éléments de l'IRGC, et rendent plus difficile la maîtrise par la hiérarchie politique.
Attaque du 2 mars et rôle possible du Qods
Le 2 mars, six roquettes ont été tirées depuis le Liban. Le groupe a présenté cette action comme une réponse à l'assassinat du guide suprême iranien et à ce qu'il décrit comme une année d'agressions israéliennes non punies. Des experts disent que l'attaque pourrait avoir été conduite par la branche armée de Hezbollah, l'« Islamic Resistance », potentiellement en coordination directe avec la Force Qods, l'unité externe de l'IRGC.
Plusieurs sources suggèrent que certains actes militaires ont pu être préparés sans que l'ensemble de la direction politique de Hezbollah en soit informé. Pour citer un observateur : l'IRGC semble parfois donner la cadence.
Réponse officielle au Liban et limites pratiques
- Le gouvernement libanais a déclaré les activités militaires de Hezbollah interdites et a demandé à certains Iraniens soupçonnés d'avoir des liens avec l'IRGC de quitter le pays.
- Le ministre des Affaires étrangères a expulsé l'ambassadeur iranien en le déclarant persona non grata.
- Sur le terrain, ces mesures ont eu peu d'impact : Hezbollah poursuit ses opérations et combat l'armée israélienne au sud du Liban.
Des analystes rappellent une réalité froide : tant que la guerre avec Israël se poursuivra, les marges de manœuvre du gouvernement libanais resteront très limitées. Pendant la période de cessez-le-feu, les efforts pour désarmer le parti armé dépendaient largement d'une cessation durable des hostilités israéliennes. Les cas de violation du cessez-le-feu par Israël ont été nombreux, selon des observateurs internationaux.
Pression régionale et escalade possible
La situation internationale complique encore la donne. Des déclarations faisant état de discussions entre des envoyés américains et l'Iran pour tenter de ramener la paix ont été évoquées, puis démenties par Téhéran. De son côté, le ministre israélien de la Défense a annoncé la création d'une zone de sécurité au sud du Liban, jusqu'au fleuve Litani, un projet qui ressemble à une occupation de facto de la zone.
Les réactions de Hezbollah
La confrontation politique intérieure s'est envenimée. Des responsables de Hezbollah ont lancé des attaques verbales contre le gouvernement. Un dirigeant du parti a comparé le cabinet libanais à un régime de collaboration, propos vivement critiqués et ensuite présentés comme mal interprétés.
Plus inquiétant, un ancien chef de l'unité de liaison de Hezbollah a prévenu que le parti userait de moyens divers pour faire revenir le gouvernement sur sa décision d'interdire ses activités militaires, une menace qui rend toute normalisation encore plus difficile.
Conclusion rapide
Les éléments rassemblés par des analystes et des reportages convergent vers une conclusion simple : les liens entre l'IRGC et Hezbollah restent étroits et structurants. Tant que le conflit régional perdurera, le gouvernement libanais aura peu d'outils pour reprendre le contrôle complet de la situation militaire sur son sol.