Le gouvernement a lâché le premier paquet de documents liés à la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington. Ce n'est que la première livraison d'un stock qui devrait compter des centaines de milliers de pages. Résultat : on y voit des détails croustillants, mais aussi de gros trous dans le dossier.
1. Il a demandé beaucoup plus que les 75 000 livres reçues
Les documents montrent que Mandelson a réclamé jusqu'à 547 000 livres, ce qui correspondrait au salaire total prévu par son contrat d'ambassadeur. En théorie, comme il n'avait commis aucune faute dans l'exercice de ses fonctions, il avait droit à trois mois de préavis ou à une indemnité équivalente.
Le montant versé par le Foreign Office s'est finalement élevé à 75 000 livres, soit 40 330 pour le préavis et 34 670 en « paiement de rupture ». Les documents indiquent que Mandelson s'était conseillé auprès d'un KC spécialisé en droit du travail.
Du côté gouvernemental, on a expliqué que cette solution coûtait moins cher que d'aller devant un tribunal du travail, ce qui, selon eux, aurait pu revenir plus cher.
2. Starmer était au courant des contacts post-prison avec Epstein
Le dossier de vigilance (due diligence) préparé avant la nomination note que Peter Mandelson a conservé des contacts avec Jeffrey Epstein après la condamnation de ce dernier en 2008. Ces échanges auraient perduré entre 2009 et 2011, période où Mandelson était ministre des affaires commerciales puis après la fin du gouvernement.
Le rapport signale un risque de réputation lié à ces liaisons, ainsi que d'autres éléments problématiques comme des liens d'affaires et le fait d'avoir été contraint de démissionner à deux reprises dans le passé.
3. Des briefings sensibles proposés avant la fin de la vérification
Un courriel du Foreign Office de décembre 2024 détaille l'équipement prévu pour le poste - téléphone, ordinateur portable, tablette - et indique que Mandelson recevrait des briefings confidentiels à partir du 6 janvier. Or, sa procédure de vérification n'était pas censée être terminée avant la fin de janvier.
Autrement dit, on lui proposait d'accéder à des informations sensibles avant la clôture officielle du contrôle de sécurité.
4. Des doutes en interne sur la rapidité du processus
Plusieurs acteurs aguerris du milieu sécuritaire et diplomatique ont trouvé la manœuvre précipitée. Un conseiller de haut niveau a estimé que la nomination avait été poussée trop vite par Downing Street et le Foreign Office, et que certains responsables, y compris un dirigeant du Foreign Office, avaient exprimé des réserves personnelles.
Le mémo relate aussi qu'un responsable a fait part de ses inquiétudes au chef de cabinet, qui a répondu que les problèmes avaient été réglés.
5. Très peu de mots de Mandelson lui-même
Sur les 147 pages, il n'y a qu'un seul document rédigé par Mandelson. Il s'agit d'un message pratique à la cellule RH au sujet de ses dates de retour et du voyage de son border collie, Jock. On y lit une demande sobre :
"Ma principale préoccupation est de quitter les États-Unis et d'arriver au Royaume-Uni avec la plus grande dignité et la moindre intrusion médiatique."
Pas de grand plaidoyer public, donc. Juste une inquiétude pour l'intimité et la dignité professionnelle, et un chien à coordonner.
6. Ce qui manque vraiment : ce que Mandelson a dit à Downing Street sur Epstein
La pièce la plus attendue ne figure pas dans ce lot. Les notes détaillant les réponses de Mandelson aux questions de la cellule de vérification au sujet de ses liens avec Epstein ont été retirées à la demande de la police métropolitaine. Les autorités estiment que ces éléments pourraient être pertinents pour leur enquête en cours sur des allégations de mauvaise conduite en lien avec l'exercice d'une fonction publique.
Autrement dit, l'information-clé est pour l'instant scellée pour les besoins d'une enquête policière, ce qui laisse les observateurs avec des questions importantes sans réponse.
Que retenir ?
Cette première livraison clarifie plusieurs points pratiques et financiers, confirme que la direction politique savait certains éléments gênants avant la nomination, et révèle des frictions en interne sur la manière dont l'affaire a été menée. Mais le coeur du sujet, à savoir ce qui a été dit à No 10 à propos des contacts avec Epstein, est toujours caché pour des raisons policières.
Plus de pages sont promises. Il faudra patienter pour savoir si la suite lèvera les dernières zones d'ombre ou si elle ajoutera encore de nouvelles questions.