Résumé rapide : une stratège influente de Washington, connue pour son rôle anti-Trump, a maintenu des échanges professionnels et personnels avec Jeffrey Epstein pendant plus d’un an. Emails, rencontres en personne et coups de fil composent une relation qui mélange lobbying, relations publiques et tentatives de redorer l’image d’un homme déjà condamné.
Comment ils se sont rencontrés (indice : Michael Wolff)
Tout commence en 2017, quand le journaliste Michael Wolff présente Juleanna Glover à Jeffrey Epstein. Glover, ancienne conseillère républicaine devenue consultante pour cadres et entreprises, travaillait alors pour Elon Musk sur des sujets sensibles. Wolff la décrit comme captive du dossier Musk, mais utile pour Epstein qui cherchait des avis et des connexions.
Déclarations et motivations
- Glover dit qu’elle a rencontré Epstein pour essayer de lui faire dire des choses qui pourraient nuire à Donald Trump, afin d’empêcher sa réélection.
- Les archives publiques (fichiers du ministère de la Justice) ne contiennent cependant aucun courriel montrant qu’elle lui demandait explicitement des renseignements sur Trump.
- Elle reconnaît toutefois avoir sollicité son aide en 2017 sur un dossier lié à Elon Musk et à des fonds saoudiens.
Musk, Tesla et conseils de salon
Au plus fort des manœuvres pour rendre Tesla privé, Glover a proposé à Epstein d’aider à mettre en contact des fonds souverains. Epstein a répondu en donnant des noms de candidats pour le conseil d’administration de Tesla, y compris des propositions… anachroniques (oui, il a cité Margaret Thatcher, déjà décédée depuis des années).
Échanges notables :
- Glover a expliqué qu’elle partageait des informations publiques pour inciter Epstein à peser auprès de décideurs saoudiens.
- Epstein a offert des conseils sur la manière dont Musk pouvait parler aux journalistes, et a parfois fait des commentaires sur des rumeurs de consommation de drogues.
- La correspondance montre un rapport donnant-donnant plutôt qu’un lien formel client-conseiller : Epstein appréciait les retours stratégiques de Glover, et elle utilisait sa connexion pour son client.
Une tentative de recycler Epstein en mécène pro-démocratie
Glover a aussi tenté de rediriger Epstein vers des causes pro-démocratie. Elle a arrangé une rencontre avec Michael Abramowitz, alors à la tête de Freedom House. L’objectif affiché : pousser Epstein à soutenir financièrement des organisations œuvrant pour la démocratie en Europe de l’Est et en Russie.
Résultat :
- Freedom House a eu une brève discussion par téléphone puis n’a pas accepté d’argent d’Epstein.
- Glover dit avoir présenté Epstein avec l’intention d’aider des groupes en difficulté financière, et elle affirme s’être excusée auprès des responsables de Freedom House après coup.
- Aucun transfert majeur ou collaboration durable n’a été documenté dans les fichiers publics.
Steve Bannon, ami dangereux selon Glover
Lors d’une rencontre en 2018, Epstein évoque son lien avec Steve Bannon. Glover, qui connaissait Bannon de réputation, lui a écrit le lendemain pour le mettre en garde : elle jugeait Bannon malveillant et manipulateur et l’a conseillé d’éviter son influence.
Epstein a dit qu’il prendrait en compte ce conseil, mais les archives montrent qu’il a continué à dialoguer avec Bannon par la suite. La relation Epstein-Bannon a survécu jusqu’à l’arrestation d’Epstein l’année suivante.
La portée réelle de la relation
Ce qu’illustrent ces échanges :
- Epstein avait un réseau très large, capable de toucher des figures de tout l’échiquier politique et du monde des médias.
- Glover a conservé qu’elle n’a jamais eu Epstein comme client officiel et qu’elle n’a « jamais pris de choses de valeur » de sa part.
- Les dossiers du ministère de la Justice montrent plusieurs dizaines d’emails, deux rencontres en personne et quelques appels entre eux ; son nom apparaît de nombreuses fois dans les fichiers.
Journalistes, confidences et conséquences
Glover a mis Epstein en contact avec des journalistes comme Jim Stewart (New York Times), dans l’espoir qu’Epstein aille vers la lumière publique sur certains sujets. Stewart a rencontré Epstein et a ensuite écrit sur des choses potentiellement embarrassantes à propos de personnalités riches et célèbres.
Autre élément : un journaliste du Times a ensuite quitté le journal après des échanges contestés avec Epstein, et plusieurs noms cités dans les propositions de mise en relation d’Epstein ont dû s’expliquer publiquement ou se retirer de postes.
Épilogue
La correspondance documentée se termine en 2019. Epstein a envoyé à Glover, peu avant sa mort, une lettre défendant sa position face aux accusations. Elle n’a pas répondu. Cinq mois plus tard, Epstein est mort en prison le 10 août 2019, officiellement par suicide.
Morale ? À Washington, les réseaux professionnels peuvent se transformer en zones grises. On y voit des manœuvres de relations publiques, des tentatives de réparation d’image et des rencontres qui, rétrospectivement, donnent envie de se demander : qu’est-ce qui était professionnel, et qu’est-ce qui était moralement discutable ?