Ce qu'il a dit, simplement
En déplacement à Vienne pour parler devant la Commission des Nations unies sur les stupéfiants, le président colombien a une nouvelle fois remis en cause la stratégie mondiale contre la drogue. Selon lui, criminaliser la consommation n'a pas réduit les violences liées aux trafics. Il a aussi lié les dynamiques de la drogue à des problèmes plus larges: le déclin d'un capitalisme non régulé et la crise climatique.
La guerre contre la drogue a « échoué »
Point central: la politique mondiale qui considère la consommation de drogues comme un délit a, d'après lui, produit des résultats catastrophiques. Après un demi-siècle de répression, le bilan serait clair: la violence diffuse liée à la production et au trafic a tué beaucoup de personnes en Amérique latine.
Il évoque un total d'environ 1 million de morts en Amérique latine liés au commerce de la cocaïne, dont environ 300 000 en Colombie. Il rappelle aussi que le financement de la cocaïne a alimenté guérillas, paramilitaires et organisations criminelles.
Fentanyl: un autre type de menace
Pour Petro, la seconde grande défaite est la montée du fentanyl aux États-Unis. Ce produit mortel fait actuellement entre 70 000 et 80 000 morts par an aux États-Unis selon les sources qu'il cite. Si rien ne change, il prévient que dans une décennie les décès liés au fentanyl pourraient dépasser ceux causés par la production de cocaïne en Amérique latine sur les cinquante dernières années.
Il qualifie le fentanyl de « drogue de l'extinction », non pas au sens littéral de l'espèce, mais comme symptôme d'une société où l'isolement, la vulnérabilité et la perte d'espoir favorisent des consommations mortelles.
Les cartels ne sont plus des réseaux locaux
Le visage du trafic a changé. Les cartels historiques colombiens ont laissé place à des organisations transnationales, dites par Petro « une confédération de mafias ». Ces groupes opèrent à l'échelle mondiale, mêlant trafic de drogue, traite d'êtres humains, trafic d'organes et armes, et s'implantent dans plusieurs continents.
Criminalisation, santé publique et inégalités
Petro insiste sur l'idée que les drogues se rapportent aussi aux structures sociales. Il rappelle que, historiquement, certaines substances étaient liées à des contextes culturels précis. Aujourd'hui, selon lui, la cocaïne a une fonction sociale liée aux milieux de travail et de pouvoir; le cannabis a une histoire liée à des mouvements de jeunesse; le fentanyl profite d'une société plus isolée et anxieuse.
Pourquoi il n'a pas participé à la réunion « Southern Shield »
La Colombie n'a pas pris part à la réunion organisée en Floride. Petro explique qu'il n'avait pas été invité et qu'il s'est rendu à Vienne. Il critique le caractère politique du rassemblement et dénonce des discours qui envisageraient l'Amérique comme une civilisation homogène d'origine « occidentale et chrétienne ». Il propose plutôt un dialogue entre civilisations et affirme que la diversité doit être vue comme un atout, non comme un argument pour l'exclusion.
Sur la coopération opérationnelle, il rappelle que la Colombie a développé un important réseau de coopération policière internationale. Pendant sa présidence, il dit avoir saisi 3 300 tonnes de cocaïne, livré 800 trafiquants aux autorités américaines et récupéré 78 000 armes.
Relations avec les États-Unis et pressions internationales
Le président mentionne aussi être inscrit sur une liste de sanctions américaine et affirme n'avoir jamais mené d'activités commerciales douteuses. Il plaide pour un échange diplomatique plutôt que pour des interventions militaires ou des menaces de changement de régime.
Proposition concrète: énergie propre et coopération
Un volet important de son discours portait sur le climat. Petro propose d'exploiter le potentiel d'énergie propre de l'Amérique du Sud pour aider les pays consommateurs d'énergies fossiles. Il estime qu'un investissement d'environ 500 milliards de dollars permettrait de développer les capacités de production propre en Amérique du Sud et de fournir une alimentation électrique plus propre à des pays comme les États-Unis via des interconnexions.
Il plaide pour que cette coopération énergétique soit menée avec respect de la souveraineté des pays d'Amérique latine et sans logique d'imposition.
Sur Cuba et le Moyen-Orient
Petro défend l'idée d'intégrer Cuba dans des réseaux technologiques et énergétiques propres plutôt que de l'isoler. Concernant le conflit au Moyen-Orient, il appelle à un cessez-le-feu immédiat et à privilégier les solutions diplomatiques.
En bref
- La stratégie répressive contre la drogue a échoué selon Petro.
- Le fentanyl est une menace majeure aux États-Unis, avec des dizaines de milliers de morts chaque année.
- Les organisations criminelles sont désormais transnationales et multi-activités.
- La Colombie met en avant sa propre expérience opérationnelle et propose des solutions basées sur la santé publique et la coopération énergétique.
La tonalité du message est claire: il ne s'agit pas seulement de lutter contre des produits illégaux, mais de repenser des modèles économiques, sociaux et énergétiques pour éviter des trajectoires bien plus graves que celles que nous connaissons aujourd'hui.