Ted Sarandos est venu à Bruxelles pour discuter avec les régulateurs européens. Pas pour faire du tourisme, mais pour rappeler que Netflix n'est pas un simple visiteur : le service a mis plus de 13 milliards de dollars dans la création de contenus en Europe ces dix dernières années.
Pourquoi Bruxelles ?
Sarandos explique qu'il y a des réunions régulières avec les autorités européennes parce que Netflix a « beaucoup de peau dans le jeu ». La plateforme collabore avec plus de 600 producteurs indépendants en Europe et dit avoir généré environ 100 000 emplois techniques et artistiques grâce à ses productions.
Ce qu'il veut faire passer
- Stabilité réglementaire. Sarandos demande des règles simples, prévisibles et cohérentes au niveau du marché unique pour pouvoir planifier des productions sans surprises.
- Incentives plutôt que contraintes. Il souligne que les pays qui attirent la production le font par des incitations financières, pas uniquement par des obligations légales.
- Impact économique local. Netflix rappelle qu'il est un contributeur net dans de nombreux pays européens, avec 12 bureaux et 2 500 employés en Europe.
Réglementation : simplifier, oui ; fragmenter, non
Pour Sarandos, la clé est la prévisibilité : changer les règles au milieu d'une production nuit à l'industrie. Il préfère les mécanismes qui encouragent la production (incitations fiscales, aides) plutôt que des cadres réglementaires trop disparates par pays, qui effritent les avantages du marché unique.
YouTube et TikTok : concurrents d'attention
Un point important de son discours : YouTube n'est pas juste des clips amusants, c'est un concurrent direct sur l'écran de télévision. Selon lui, environ 55 % de l'engagement YouTube se fait désormais via la télévision connectée. Le marché de l'écran est un jeu à somme nulle : quand on choisit une chaîne ou une plateforme, on ne regarde pas les autres.
Il attire aussi l'attention sur TikTok, qui n'est pas un concurrent direct en termes de format long, mais qui capte l'attention et peut changer les comportements des jeunes publics.
La tentative de rachat de Warner Bros. Discovery
Le projet avorté de rachat a beaucoup fait parler. Sarandos dit que l'aspect politique a surtout compliqué le récit public, pas la réalité juridique ou économique de l'opération. Aux États-Unis, le dossier passait par le ministère de la Justice et, selon lui, il s'agissait d'une transaction verticale — donc peu ressemblante aux fusions horizontales traditionnellement visées par les régulateurs.
Il estime que la pression médiatique et certaines narrations publiques ont amplifié des problèmes qui, à son avis, n'étaient pas réglementaires à la base.
Trump, Susan Rice et l'ingérence politique
Sur la demande publique de Donald Trump d'éloigner Susan Rice du conseil d'administration, Sarandos minimise : pour lui, c'était surtout un message sur les réseaux sociaux, pas une intervention politique institutionnelle. Il dit distinguer le bruit des réseaux sociaux des signaux importants quand il gère ce type de situations.
Intelligence artificielle : outil pour les créateurs
Netflix a acquis la société InterPositive, liée à Ben Affleck, et Sarandos présente l'IA comme un outil au service des créateurs. L'idée est d'améliorer le travail des équipes avec des outils rapides et puissants, pas de remplacer les fondamentaux : scénaristes, acteurs, techniciens restent essentiels.
Pour le doublage et la voix, il rappelle que la performance reste centrale. L'IA peut rendre certains processus plus efficaces, comme des retakes ou des ajustements, mais sans la qualité d'interprétation humaine, le résultat décline.
Podcasts vidéo : expérimentations en cours
Netflix se lance progressivement dans le podcast vidéo. Sarandos dit que c'est tôt, mais qu'ils misent sur des genres qui fonctionnent déjà en documentaire : true crime, sport, comédie. L'objectif est d'approfondir la relation entre un public et une œuvre plutôt que d'essayer d'atteindre des audiences massives simultanées.
Exemple concret : le podcast de Bridgerton, qui permet d'offrir du contenu additionnel aux fans.
En résumé
Sarandos vient discuter à Bruxelles pour sécuriser un environnement stable pour investir. Il rappelle les chiffres d'investissement et d'emplois en Europe, alerte sur la concurrence réelle de YouTube et TikTok sur l'attention des téléspectateurs, affirme que la politique n'a pas dicté l'échec du rachat de Warner et présente l'IA comme un complément aux métiers du cinéma, pas comme un remplacement.