Donald Trump a annoncé une « pause » de cinq jours avant d'exécuter sa menace d'« obliteration » du système énergétique iranien, en affirmant que cette trêve résultait de « discussions très bonnes et productives ». Téhéran, de son côté, nie que de telles discussions aient eu lieu.
Une riposte calibrée d'Iran
La première réaction iranienne a été nette: si vous touchez à notre infrastructure, nous frapperons les vôtres. Parmi les menaces figurait la destruction d'usines de dessalement alimentant les pays du Golfe, la fermeture du détroit d'Hormuz et une intensification des attaques contre Israël. Après une intervention de l'ONU rappelant que viser les systèmes d'eau pourrait constituer un crime de guerre, Téhéran a semblé atténuer son discours et annoncer qu'il se concentrerait sur les centrales électriques.
Sur ses chaînes officielles, le gouvernement iranien a résumé ainsi la logique: «Si vous frappez l'électricité, nous frappons l'électricité.»
Pourquoi cette pause compte
- Elle donne aux pays du Golfe le temps de renforcer des défenses antiaériennes qui s'amenuisent rapidement.
- Elle offre un répit au dispositif militaire décentralisé et désormais bien entraîné de l'Iran.
- Elle laisse à la Maison Blanche un moment pour évaluer comment sortir d'un bourbier que Téhéran a préparé.
Conséquences économiques
Les frappes et ripostes conjointes menées par Israël et les Etats-Unis ont déjà fait grimper les prix du pétrole et du gaz. Cette flambée menace la croissance mondiale et place la Maison Blanche sous pression à quelques mois des élections de mi-mandat, quand des stations-service plus chères pèsent lourd dans l'opinion.
Qui a commencé la spirale?
La première escalade revient à Israël, qui a visé le gisement de gaz South Pars, une tactique que beaucoup rapprochent des méthodes utilisées par la Russie en Ukraine. Ces frappes ont fait monter encore davantage le prix du gaz liquéfié et ont conduit le président américain à demander à Israël d'y mettre fin. Ces attaques sont également susceptibles d'être qualifiées de crimes de guerre.
L'erreur stratégique: penser que tout se règle par la force
Les Etats-Unis et Israël ont parié qu'une campagne aérienne suffirait à provoquer un changement de régime à Téhéran. Ils ont sous-estimé une leçon récente de l'histoire: la menace pesante est souvent plus efficace que son exécution. L'invasion de l'Irak en 2003 a montré combien la projection de puissance peut échouer à atteindre des objectifs politiques et engendrer des conséquences imprévues, comme la montée de groupes insurgés.
L'IRGC et ses réseaux se sont renforcés en observant des opérations américaines mal gérées, et des épisodes comme la menace d'intervention de l'administration Obama contre le régime syrien ont enseigné à ces acteurs que la retenue de Washington pouvait être exploitée.
Menaces maritimes et bluff stratégique
En menaçant de miner le Golfe et de fermer les voies d'accès, Téhéran a posé un vrai dilemme: risquer la perturbation d'environ 20 % du pétrole mondial et d'une part importante du gaz européen, ou reculer. Il est possible que l'Iran n'ait pas la capacité d'infliger un tel choc durablement. Mais la menace suffit parfois à infléchir un adversaire.
Une communication présidentielle imprévisible
Trump oscille entre déclarations d'un retrait progressif et menaces d'escalade, sollicitant puis rabaissant ses alliés. Ce type d'approche déroute les partenaires et offre des opportunités à l'adversaire.
Qui paie le prix?
Les pays du Golfe, qui hébergent des bases américaines, se retrouvent entraînés dans le conflit. Leurs villes prospères dépendent du pétrole et du gaz pour produire de l'électricité et du dessalement. Une atteinte à ces infrastructures mettrait en péril le quotidien de millions de personnes.
Motivations iraniennes et alliances
La politique étrangère iranienne, façonnée par une lecture conservatrice du chiisme duodécimain, alimente une hostilité structurelle envers les Etats-Unis et Israël. Téhéran a centralisé des groupes comme les Houthis, le Hezbollah, le Hamas et le régime d'Assad dans ce qui est appelé l'«axe de la résistance».
Position actuelle de Téhéran
L'Iran a laissé certains pétroliers indiens et pakistanais traverser le détroit. Selon certaines informations, Téhéran subirait les effets d'attaques aériennes qui auraient tué le guide suprême Ali Khamenei et qui auraient blessé son fils et successeur potentiel. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas d'indications claires d'un effondrement du régime ni d'une révolte généralisée de la population.
Plutôt que de s'effondrer, l'Iran tente d'extraire un coût politique et économique pour une guerre lancée par d'autres. Cette capacité à transformer une menace en levier illustre une manière efficace, sinon élégante, de défier une superpuissance.