Le prix du pétrole a repassé la barre symbolique des 100 dollars le baril jeudi, et non, ce n’est pas une blague. Des frappes iraniennes visant des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient ont éclipsé une opération massive de libération de réserves stratégiques décidée par plusieurs gouvernements.
Des navires marchands ont été touchés dans et autour du détroit d’Hormuz, ce passage obligé pour une grosse partie du trafic pétrolier mondial. L’un des bateaux touchés, immatriculé en Thaïlande et nommé Mayuree Naree, aurait des membres d’équipage piégés à bord, a indiqué le propriétaire.
La situation s’est détériorée rapidement :
- l’Irak a suspendu toutes les opérations dans ses ports pétroliers après une attaque visant deux pétroliers à proximité,
- Bahreïn a demandé à ses habitants de rester chez eux après une frappe sur des réservoirs de carburant dans le gouvernorat de Muharraq,
- et Oman a évacué les navires de son terminal principal d’exportation, Mina Al Fahal, après des frappes de drones sur un autre port.
Sur le marché, le benchmark international Brent a bondi de 9% pour atteindre 100,29 $ le baril jeudi avant de redescendre autour de 98 $, soit une hausse d’environ 6% sur la journée. Le prix avait d’ailleurs déjà fait un grand écart plus tôt dans la semaine, culminant à 119 $ le baril lors d’un pic suite à une escalade du conflit. Pour rappel, le baril valait autour de 60 $ au début de l’année.
Face au risque de pénurie, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a décidé une libération historique de stocks : 400 millions de barils disponibles en urgence par les pays membres. Les États-Unis, pour leur part, ont annoncé qu’ils mettraient à disposition 172 millions de barils de leur réserve stratégique, la distribution devant commencer la semaine suivante et s’étaler sur environ 120 jours.
Ces mesures n’ont pas suffi à calmer les esprits. L’Iran a laissé entendre que la hausse pourrait être encore plus forte, évoquant un pétrole à 200 $ le baril si la région restait instable. De son côté, le West Texas Intermediate, référence américaine, est monté vers 95 $ le baril, en hausse de près de 9%.
Les marchés financiers ont réagi : les principales places asiatiques ont été sous pression avec une chute de 1,6% pour le Nikkei et de 1,2% pour le Kospi. Les prix du gaz naturel en Europe ont aussi grimpé, augmentant d’environ 7,7% sur deux jours.
Technique géoénergétique courte : le détroit d’Hormuz, par lequel transite habituellement une part importante du pétrole et du gaz transportés par mer, est quasi fermé depuis le début du conflit fin février. L’argument est simple et brutal pour les marchés : moins de flux, plus de prime sur le prix.
Des acteurs majeurs du secteur n’y vont pas par quatre chemins. La compagnie nationale saoudienne a mis en garde contre des conséquences « catastrophiques » si le détroit restait bloqué. Les grandes banques d’investissement ajustent aussi leurs prévisions : Goldman Sachs a relevé son estimation pour le Brent au quatrième trimestre 2026.
Enfin, les stratèges avertissent d’un risque qui dépasse la simple facture de l’essence. Selon un analyste de marché, les investisseurs doivent désormais composer avec la possibilité d’un choc stagflationniste plus large, si le conflit perdure et que les dégâts économiques se multiplient.
En clair : le pétrole tutoie de nouveau les trois chiffres, les réserves stratégiques ont été ouvertes en grand, mais l’incertitude géopolitique garde le marché sur le fil. Gardez la pompe pleine si vous avez prévu un road trip, et croisez les doigts pour que la diplomatie fasse son boulot.