Un retour qui n’a rien d’un accident

Cette semaine, j’ai extrait un fusil de précision violet d’une session de Marathon, pour le reperdre aussitôt face à une charge au couteau. Une expérience éducative, comme toujours.

Quand j’ai vu Call of Duty: Modern Warfare (2019) revenir sur le devant de la scène grâce à une réduction inhabituellement forte à 6 dollars sur Steam, je n’ai pas été franchement surpris. Le reboot d’Infinity Ward avait été un énorme succès à sa sortie. Il avait redonné de l’élan à une licence qui ronronnait depuis le milieu des années 2010, tout en lançant une nouvelle phase de jeux qui ont repris ses systèmes de progression et de classes.

Là où il marque encore des points

Sur le plan visuel, Modern Warfare prend immédiatement l’avantage. Les fissures dans l’asphalte, les feuilles qui accrochent la lumière, les textures extrêmement détaillées des bâtiments vieillissants, tout cela tient encore très bien. On se demande franchement quelle sorte de sorcellerie technique Infinity Ward utilisait pour faire tourner ça sur Xbox One.

Le son reste, lui aussi, un vrai point fort. Les fusils d’assaut explosent dans les haut-parleurs avec un claquement presque brutal, avant de laisser entendre le bruit métallique de la culasse. Mon revolver équipé au lancement continue même de paraître plus massif que son équivalent dans BO7. Les armes sont volontairement très présentes dans le mix, au point d’écraser parfois les répliques de l’annonceur en jeu ou de couper net le riff de guitare du passage au niveau supérieur. Hier soir, un coéquipier a tiré avec un Kar-98 derrière moi et j’ai sursauté comme si quelqu’un m’avait tapé sur l’épaule.

C’est le souvenir d’un Call of Duty qui assumait à nouveau une forme de réalisme après les années de wallrun et de jetpacks. Infinity Ward a réussi à emprunter les qualités immersives d’un jeu tactique tout en restant dans un shooter arcade. Et ça fonctionne toujours. Il faut aussi le dire clairement : les jeux de Treyarch, Sledgehammer et Raven sur cette période ne sonnent pas et ne ressemblent pas à ça, même quand ils essaient visiblement de s’en rapprocher.

Quand certains disent qu’Infinity Ward fait des jeux mieux finis que Treyarch, c’est exactement de ce genre de détails qu’ils parlent. Modern Warfare cochait presque toutes les cases : un excellent gunplay, des cartes mémorables, une progression gratifiante et une campagne qui ne gâche pas tout, même si la mission de la Highway of Death reste franchement discutable.

Une armurerie plus calme, donc plus intéressante

Ces derniers soirs, j’ai aussi été rappelé à quel point le système de Create-a-Class de Modern Warfare était mesuré. On a l’essentiel, et pas grand-chose de plus : trois atouts, des grenades et deux armes avec cinq accessoires chacune. C’est plus restrictif que les machines à tout faire qu’on peut fabriquer dans BO7, mais c’est aussi ce qui fait son intérêt.

Quand je ne peux modifier une arme que dans un nombre limité de directions, je suis obligé d’accepter ses forces et ses faiblesses au lieu d’essayer d’en faire une usine à tirs laser.

Ce phénomène est bien connu dans les jeux de tir compétitifs avec personnalisation des armes, et encore plus dans Call of Duty : tout le monde finit par vouloir la même configuration ultra stable. Dès qu’un ensemble de poignées, crosses ou canons réduit le recul tout en améliorant la vitesse de tir ou la vélocité, l’arme devient objectivement plus efficace. Donc tout le monde la prend. Modern Warfare limite ça en concevant des accessoires qui forcent de vrais compromis. Gagner en contrôle peut coûter en vitesse de déplacement ou en temps de visée.

Ces dernières années, Treyarch et Sledgehammer ont relâché ces contraintes, avec jusqu’à dix emplacements sur certaines armes et beaucoup moins de pénalités pour fabriquer une arme laser. Le résultat est prévisible : dans Black Ops, beaucoup d’armes finissent par se ressembler. Modern Warfare n’était pas parfait non plus, mais au lancement, son arsenal avait au moins des identités nettes. Le M4A1, par exemple, compensait ses dégâts et sa portée équilibrés par un recul visuel un peu nerveux.

Avant l’ère des skins ridicules

Il y a aussi un plaisir très simple à rejouer à un Call of Duty d’avant la foire aux skins disgracieux. Modern Warfare ressemble encore, la plupart du temps, à Modern Warfare. C’est peut-être le dernier épisode de la série dont on puisse dire cela sans éclater de rire.

Modern Warfare 3 et Black Ops 6 porteront désormais à jamais la marque des collaborations avec Nicki Minaj, American Dad, les Teenage Mutant Ninja Turtles et The Boys. Et même après avoir promis de calmer le jeu sur les ajouts les plus voyants dans Black Ops 7, Activision a déjà démontré que cette promesse valait à peu près le papier sur lequel elle était écrite, avec des croisements récents incluant Fallout et Dave Chappelle. Oui, vraiment.

L’ironie, c’est que MW2019 est à la fois le dernier grand Call of Duty et le jeu qui a lancé sa pire période moderne. En 2020, quelques mois seulement après sa sortie, Warzone est arrivé. Un an plus tard, le reboot a été avalé de force par cette machine de battle royale qu’Infinity Ward avait co-créée avant de transmettre les clés à Raven avec un petit « bon courage » implicite.

Nous sommes toujours coincés dans cette phase où le multijoueur premium de Call of Duty est lié à Warzone par les armes, les classes et les feuilles de route, au détriment fréquent des deux. L’exemple ultime, c’est le lanceur moderne de la série, cette couche lente et irritante qui ajoute des étapes inutiles à quiconque veut simplement lancer une partie.

Le seul soulagement, aujourd’hui, c’est que MW2019 a fini par être dissocié de Warzone pour redevenir un produit autonome. Il faut quand même encore le sélectionner dans un lanceur réduit qui affiche aussi Modern Warfare 2 (2022), que vous le possédiez ou non, et que vous vouliez y jouer ou pas. Une belle démonstration de simplicité, comme toujours.

Toujours la référence à battre

Tout cela en dit long sur ce chapitre précis de Modern Warfare : malgré l’architecture absurde autour du jeu, il mérite encore qu’on passe par cette étape. Sept ans plus tard, c’est toujours le Call of Duty à battre. Avec le recul, je dirais même qu’il est meilleur que sa suite, pourtant mieux notée à l’époque.

Je soupçonne que c’est exactement le genre d’envie de retour en grâce qu’Activision cherchait à provoquer avec cette grosse promotion. En 2026, Infinity Ward aura à nouveau l’occasion de tirer la série qu’il a créée vers le haut. Reste à voir si le reste de la machine suivra, ce qui serait presque un petit miracle industriel.