Une Maison-Blanche qui avance sans regarder l’échéance

À l’intérieur de la Maison-Blanche, certains commencent à se demander si tout le monde a bien reçu la note sur les mi-mandats. Un proche de l’exécutif confie que de nombreuses décisions prises par l’administration ne sont tout simplement pas pensées en fonction de l’élection qui arrive.

Le constat est simple, et un peu embarrassant pour une équipe censée défendre sa majorité : plusieurs stratèges politiques voient bien la menace, mais estiment que le pouvoir présidentiel continue d’être exercé comme si novembre n’existait pas.

L’offensive du président pour vendre son programme économique devait marquer un recentrage sur les sujets intérieurs. Susie Wiles, sa cheffe de cabinet, avait laissé entendre il y a plusieurs mois que ce virage viendrait. Pour l’instant, il s’est surtout matérialisé par autre chose : un nouveau conflit extérieur largement impopulaire, qui a déclenché la colère de certains élus et militants MAGA furieux de voir la doctrine « America First » passer au second plan.

Et pendant que la Maison-Blanche parle de stratégie, les prix de l’essence continuent de remonter, ce qui est toujours un détail gênant quand on passe des mois à expliquer aux électeurs que l’inflation, cette fois, est un problème des autres.

D’un optimisme affiché à une inquiétude beaucoup moins chic

Le contraste avec l’an dernier est frappant. À l’époque, Trump et son entourage affichaient une confiance presque insolente avant les mi-mandats. Ils mettaient déjà en œuvre leur influence politique pour tenter d’éviter une défaite, persuadés que le parti républicain pouvait tenir plus que la seule fenêtre des deux premières années.

Un conseiller de Trump résumait alors l’état d’esprit ambiant : il fallait arrêter de raisonner comme si le pouvoir n’allait durer que deux ans. L’idée était claire. Pourquoi agir en mode survie quand on peut faire comme si tout allait très bien ?

Aujourd’hui, ce pari paraît moins solide.

Un second proche de la Maison-Blanche estime que la Chambre des représentants est probablement perdue, même si le président ne le reconnaît pas publiquement. Un haut responsable de l’administration tempère toutefois : selon lui, il est beaucoup trop tôt pour prédire l’issue du scrutin de novembre.

La ligne officielle reste donc la suivante : rien n’est joué, le scrutin décidera de tout, et essayer de prévoir les choses en mars relève de la fantaisie. Techniquement vrai. Politiquement commode. Parfois, les deux coïncident.

Des chiffres qui n’aident pas vraiment

Au-delà du discours rassurant, les données s’accumulent dans le mauvais sens pour les républicains.

Dans le Wisconsin, État clé remporté par Trump en 2024, sa cote d’approbation est tombée à 42 % la semaine dernière, selon un sondage de la Marquette Law School. Pour Charles Franklin, son sondeur de longue date, il s’agit du niveau de popularité nette le plus bas jamais enregistré dans ce premier ou ce second mandat. Il ajoute que le président est dans une situation bien plus mauvaise qu’au début de l’année, en particulier auprès des indépendants.

Le spécialiste juge aussi qu’un niveau d’approbation qui tombe dans les bas 30 %, voire en dessous, doit être lu comme un signal d’alarme majeur.

À l’échelle nationale, les chiffres ne sont pas plus tendres. Un sondage Ipsos publié cette semaine montre que seulement 29 % des Américains approuvent la manière dont l’ancien promoteur immobilier gère l’économie. C’est moins bien que les pires scores enregistrés par Joe Biden pendant une période déjà marquée par une inflation tenace.

La popularité personnelle de Trump, elle, est descendue à 36 %, un niveau qui a souvent précédé de lourdes défaites aux mi-mandats.

L’Iran, les prix et les sujets qui s’empilent

Trump a reconnu mercredi la tendance historique qui pèse sur les présidents sortants ou en exercice aux mi-mandats. Mais il a défendu son propre bilan devant un dîner de campagne des républicains de la Chambre.

Il a affirmé, en substance, qu’un président qui gagne, qu’il soit républicain ou démocrate, s’en sort presque toujours mal aux élections intermédiaires. Il a aussi soutenu que son premier mandat avait été exceptionnel et, sans surprise, a ajouté qu’il en allait de même pour ce début de second mandat.

Pendant ce temps, la guerre avec l’Iran a ajouté une couche de complexité politique. Dans le Texas, lors du rassemblement annuel du CPAC, des militants MAGA ont exprimé leur frustration, surtout à propos de ce conflit. Un vétéran de 30 ans ayant servi en Irak et en Afghanistan, coiffé d’une casquette « America First », a même déclaré à POLITICO que Trump avait « menti sur tout » et qu’il n’existait « aucun objectif clair » pour l’Iran.

Plus de six électeurs sur dix désapprouvent la manière dont Trump gère cette guerre, selon les données citées par les analystes. Ces derniers estiment que le conflit aura un effet durable sur les prix de l’énergie, même si un accord devait mettre fin aux combats dans les prochains jours ou semaines.

Autrement dit, la facture politique et la facture à la pompe risquent de voyager ensemble, ce qui n’est jamais idéal pour un président qui veut parler d’économie de façon enthousiaste.

Une stratégie midterms très orientée structure

Jusqu’ici, l’attention du président sur les mi-mandats s’est surtout traduite par des tentatives de donner un avantage structurel aux républicains.

Il y a eu, l’an dernier, un effort de redécoupage électoral qui n’a pas abouti et qui visait à créer davantage de circonscriptions sûres pour le GOP. Il y a aussi sa pression actuelle pour restreindre le vote par correspondance et durcir les exigences d’identification des électeurs.

Trump a présenté la loi SAVE America Act comme sa priorité législative absolue. Mais le texte n’a aucune vraie voie de passage au Sénat. En revanche, il est resté très discret sur un autre projet, celui qui limiterait l’achat de logements par des investisseurs institutionnels. Ce dossier se heurte à des résistances à la Chambre, mais il pourrait offrir aux républicains un petit succès sur l’accessibilité au logement avant novembre.

Laisser ce projet de côté pourrait être une occasion ratée de réduire les coûts pour les consommateurs. Cela rappelle, au passage, d’autres moments où les calculs politiques ont pris le pas sur les gains concrets pour les électeurs. Apparemment, l’histoire adore se répéter, même quand personne ne lui demande.

Selon un responsable de l’administration, la loi SAVE America répond pourtant aux préoccupations des Américains lorsqu’ils votent en novembre. Il a ajouté que la sécurité des élections est une priorité majeure pour la Maison-Blanche.

Une base agitée et des élus en manque de munitions

La colère ne vient pas seulement des chiffres. Elle gagne aussi l’intérieur du camp républicain.

Plusieurs voix MAGA reprochent au président de ne pas investir davantage dans les élections de mi-mandat, notamment en soutenant plus clairement certains candidats. En Texas, il a choisi de ne pas intervenir dans la primaire républicaine, désormais renvoyée à un second tour, entre le sénateur sortant John Cornyn et le procureur général du Texas, Ken Paxton.

Pour les élus républicains qui feront campagne cet automne, le défi est limpide : ils devront défendre le bilan de la Maison-Blanche devant un électorat qui veut surtout savoir ce que cela change pour son pouvoir d’achat.

La Maison-Blanche, elle, veut leur fournir un message axé sur la baisse des coûts. Le responsable de l’administration interrogé à ce sujet a dit qu’il commencerait par la loi budgétaire phare déjà adoptée, puis par les progrès économiques attribués au président. Il a aussi assuré que Trump signerait un projet de loi sur le logement et que l’administration soutenait depuis longtemps la version sénatoriale de ce texte.

Reste à voir si ce discours suffira à compenser une guerre impopulaire, une popularité en baisse et une base qui, pour l’instant, a surtout l’air de demander pourquoi tout cela devait arriver maintenant.