Hagai Levi, réalisateur connu pour Scenes From a Marriage et The Affair, a décidé de ne pas tourner Etty comme un film d'époque. Son point de départ est simple : les journaux d'Etty Hillesum lui semblent d'une étonnante modernité, alors il a transposé cette histoire dans un Amsterdam volontairement contemporain, sans préciser une date.

Pas d'habillage rétro, plutôt une sensation moderne

Dans la série, les personnages portent des vêtements actuels, utilisent des objets familiers et la protagoniste passe une bonne partie du temps en jean. Pour Levi, ce choix n'est pas anecdotique. Il souhaite montrer comment ces personnes pouvaient vivre « normalement » à leur époque, et comment leurs réflexions restent proches de nous aujourd'hui. Selon lui, l'œuvre de Hillesum raconte la vie d'une jeune femme moderne confrontée à des circonstances extrêmes.

Un projet de longue date

Etty est pour Levi un projet personnel. Il lit les journaux d'Etty Hillesum depuis des années, un livre qui lui a été recommandé par son thérapeute et qu'il décrit comme profondément transformateur. Les textes racontent la vie d'une étudiante juive néerlandaise, son rapport à la politique, sa relation avec son analyste Julius Spier, interprété dans la série par Sebastian Koch, et sa prise de conscience religieuse à mesure que la persécution s'intensifie. Hillesum a finalement été déportée et assassinée à Auschwitz.

Au départ imaginé comme un film, le projet est devenu une série de six épisodes. Les événements d'octobre 2023 ont renforcé l'urgence du propos et convaincu Levi de rendre la narration plus contemporaine. Le tournage a commencé quelques mois après ces événements, aux Pays-Bas.

Résonances contemporaines et références

Levi explique que certaines images liées à octobre 2023 l'ont rappelé de manière troublante à des scènes de la Shoah, et que, pour lui, certains aspects de cette histoire ne sont pas seulement du passé. Il critique les traitements trop « d'époque » de la période, qui montrent l'horreur sans interroger leur portée actuelle. Il cite comme inspiration le film The Zone of Interest de Jonathan Glazer, salué pour son approche renouvelée, et soutient le discours de Glazer aux Oscars qui dénonçait l'instrumentalisation du passé.

Écriture, langues et casting

Pour préserver l'esprit contemporain des journaux, Levi a travaillé le dialogue dans une langue simple et actuelle. La série contient des dialogues en allemand et en néerlandais, langues que Levi ne maîtrise pas, il a donc rédigé en anglais courant et collaboré avec des traducteurs et des membres d'équipes qui avaient travaillé sur The Zone of Interest. Pour lui, la direction relève surtout d'une question d'énergie, plus que de vocabulaire exact.

La comédienne autrichienne Julia Windischbauer incarne Etty. Elle a appris le néerlandais pendant quatre mois avant le tournage. Levi dit l'avoir reconnue immédiatement lors des auditions, pour une qualité intérieure qu'il juge indispensable au rôle.

Diffusion et format

La série est diffusée sur Arte et commercialisée par Studio TF1. Levi considère Etty avant tout comme une œuvre cinématographique et certains distributeurs la proposent aussi en projection en salles. Des séances ont déjà eu lieu à Tel Aviv, et des projections sont prévues à Paris, Berlin et Amsterdam. Pour lui, la série parle du présent et des signes inquiétants de l'autoritarisme dans divers contextes.

Position politique et inquiétudes sur l'industrie israélienne

Levi n'a pas travaillé en Israël depuis une dizaine d'années. Il a été brièvement arrêté lors d'une manifestation contre les réformes judiciaires, quelques mois avant octobre 2023. Aujourd'hui, il se dit inquiet pour l'avenir du secteur audiovisuel israélien, qu'il juge menacé par des pressions politiques visant à contrôler le financement et à soutenir uniquement des projets alignés avec une ligne politique conservatrice.

Il critique également la façon dont certains appels au boycott sont menés. Selon lui, un boycott généralisé contre festivals, cinémas, diffuseurs et sociétés de production risque de pénaliser des créateurs israéliens qui s'opposent au régime et militent contre les politiques dénoncées par les partisans du boycott. Il affirme que la majorité des réalisateurs, scénaristes et producteurs sont engagés contre le pouvoir en place, et plaide pour des sanctions plus ciblées, afin de ne pas exclure les voix dissidentes.

Au final, Etty est l'effort d'un cinéaste qui a voulu rapprocher un texte intime et historique du présent, tout en prenant position sur les enjeux artistiques et politiques qui traversent aujourd'hui le monde audiovisuel israélien et international.